Le lieu : une maison musée

Située aux portes de Paris et dans le prolongement direct du quartier d’affaires de La Défense, la Ville de La Garenne-Colombes s’est engagée avec le Mastaba 1 dans une action culturelle ambitieuse, alliant architecture et art contemporain.

En 1986, l’artiste plasticien Jean Pierre Raynaud fait bâtir à La Garenne-Colombes une maison avec l’aide de l’architecte des Monuments de France, Jean Dedieu.

Inspirée de la structure des monuments funéraires de l’Égypte ancienne, les mastabas, cette demeure exceptionnelle, aux trois quarts enterrée, est éclairée par un immense puits de lumière.

À l’extérieur, un pot-sculpture monumental de couleur rouge, version du célèbre pot doré du centre Georges-Pompidou, contraste avec la blancheur de la terrasse.

En 2006, Jean Pierre Raynaud décide de vendre sa maison. La Ville de La Garenne-Colombes se porte acquéreur. Philippe Juvin, maire de La Garenne-Colombes, rappelle l’historique du projet et la volonté de la Municipalité de développer autour de ce bâtiment « hors normes » une action culturelle ambitieuse, alliant architecture et art contemporain: « Deux projets étaient en compétition : celui d’une école d’études coraniques porté par une association iranienne et celui d’un lieu culturel par la Ville.J’ai alors beaucoup insisté pour que la Ville devienne propriétaire de ce bien compte tenu de sa qualité exceptionnelle d’oeuvre d’art. Après de longues et passionnantes discussions avec Jean Pierre Raynaud, celui-ci a finalement retenu le projet de la Ville du fait qu’il prolongeait son oeuvre ».

Après des travaux de mise aux normes pour accueillir le public dans les meilleures conditions, le Mastaba 1 a ouvert ses portes à l’occasion des Journées européennes du Patrimoine, les 19 et 20 septembre 2009.

Il est devenu au fil des ans un équipement culturel majeur qui accueille, outre une exposition permanente de l’artiste régulièrement renouvelée, de nombreuses animations : conférences sur l’art, concerts et spectacles.


L'artiste : Jean Pierre Raynaud

Jean Pierre Raynaud est un artiste français, né à Courbevoie en 1939.

Ses études d’horticulture terminées, il commence par réaliser des assemblages proches du Nouveau Réalisme.

Dès 1963, avec ses « Psycho-objets » de couleurs blanche et rouge, qui associent quelques éléments simples (jauges, échelles et pelles de secours, panneaux de signalisation ou pots à fleurs), il tente de mettre en évidence les rapports du monde mental et du monde réel. Glaciale et distante, son oeuvre se présente comme une vision du monde, cruelle certes, mais située au-delà de l’angoisse et de la violence : l’homme en est absent, et « rien ici », comme l’a écrit Alain Jouffroy, « n’est exprimé, mais tout est montré... ».

Le pot à fleurs rouge rempli de ciment (et donc inutilisable), exposé en grand nombre (300 exemplaires à « Prospect » de Düsseldorf en 1968, 4000 à Londres, Jérusalem et Hanovre en 1971) et réalisé à diverses échelles (notamment 8 exemplaires de 1,80 m de hauteur et 2 m de diamètre, dont un figure au Musée National des Arts Modernes de Paris), devient un signe dénué de toute expressivité.

En 1972, Raynaud aborde la quadrichromie (rouge, vert, jaune, bleu) pour reproduire sur des panneaux grandeur nature les éléments constitutifs de la camionnette Renault 4 et des panneaux de signalisation routière. Plus proches de la violence de ses premières oeuvres sont ses « Funéraires » (1973), cercueils, crucifix et plaques votives traités en quadrichromie.

En 1974, Raynaud ouvre au public sa maison blockhaus (2 portes blindées et une seule fenêtre) entièrement tapissée intérieurement de carreaux de faïence blancs et sans cesse modifiée pendant plus de vingt ans, le carrelage devenant par ailleurs le thème d’une série d’oeuvres de la même année (les « Espaces zéro »).

En 1977 sont mises en place les 55 fenêtres et les 7 rosaces de verre incolore conçues pour l’abbaye cistercienne de Noirlac.

Les espaces publics, urbains ou naturels, ainsi que les mises en situation d’objets de collection deviennent dès lors le terrain privilégié de la démarche austère de Raynaud : projet d’un disque noir au sommet d’une montagne à Flaine, en Haute- Savoie, réalisation d’un jardin pour la Principauté de Monaco (1981), construction d’un « Espace zéro » pour l’entrée de l’exposition de la collection de Menil au Grand Palais (1984), projet (abandonné) pour couvrir entièrement de céramique une tour d’habitation désaffectée dans le quartier des Minguettes près de Lyon, présentation des gisants des Plantagenêts de l’abbaye de Fontevraud (projet, 1986), « Container Zéro », 1988 (Paris, M. N. A. M.), carte du ciel en marbre et granit au sommet de la Grande Arche de La Défense (1989).

En 1993, Raynaud représente la France à la Biennale de Venise. Par ailleurs, il offre, par la destruction de sa maison la même année, une nouvelle existence à celle-ci (exposition des débris à Bordeaux, C. A. P. L., 1993).


 
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