DEVOIR DE MÉMOIRE

Hommage à Bernard Dargols

Bernard Dargols, le GI français d’Omaha Beach, est mort le dimanche 28 avril à l’âge de 98 ans.

Français, et Garennois, il a participé, sous l’uniforme américain, au Débarquement des forces alliées le 6 juin 1944 en Normandie.

 

Sa petite-fille, Caroline Jolivet a accepté de rendre hommage à son grand-père en répondant aux questions de LGC Infos.

 

Hommage à Bernard Dargols

 

BERNARD DARGOLS : MON GRAND-PERE, CE HEROS

Caroline Jolivet n’a pas eu un grand-père comme les autres. Le sien était un héros, un vrai, même s’il n’aimait pas tellement qu’on le qualifie de tel. Parti à New York à l’âge de 18 ans pour un stage, Bernard Dargols débarque quelques années plus tard, sous l’uniforme américain, sur une plage de Normandie… Omaha Beach, un certain 6 juin 1944.

 

LGC Infos : Pouvez-vous me parler de votre grand-père, Bernard Dargols ?

Caroline Jolivet : Quand j’étais enfant, j’étais déjà en admiration devant ce grand-père si aimant. Ce n’est pas tant du GI dont j’étais fière, mais de l’homme qu’il était. Mon grand-père était d’une extrême bonté et d’une profonde gentillesse. Il s’intéressait toujours beaucoup aux autres, enfants comme adultes, et ce jusqu’à la fin de sa vie. Sur son lit d’hôpital, il ne parlait pas de lui, il voulait savoir comment nous allions, nous ! Il avait beaucoup d’humour, c’était sa plus grande force. Son humour était un rire qui cachait des larmes. Des larmes qui coulaient d’ailleurs, à chaque fois qu’il riait ! Mon grand-père avait cette politesse de ne pas imposer aux autres les souffrances qu’il pouvait avoir en lui. Tout comme ses deux frères, il était très rieur, grand et costaud mais on sentait pourtant une certaine gravité qu’on respectait. Pendant 40 ans, il n’a pas parlé de ce qu’il avait vécu, ni à sa femme, ni à ses enfants. C’était trop douloureux, trop lourd à partager. Puis un jour, on lui a proposé de participer à la première commémoration importante de la Seconde Guerre mondiale. Mais pour cela, il fallait qu’il raconte… ce qu’il a fait. Il aura pourtant fallu attendre encore de nombreuses années pour qu’il en parle avec nous, son cercle proche. Nous étions en 2005, à New York. Une amie de mon grand-père a brisé le silence en toute innocence, sans savoir qu’il ne nous en avait jamais parlé. J’étais pétrifiée mais finalement, il a commencé à raconter, à partager. J’ai sauté sur l’occasion pour lui poser de nombreuses questions !

 


LGC Infos : Comment s’est construit Bernard Dargols, un GI français à Omaha Beach, le livre que vous lui avez consacré ?

Caroline Jolivet : Quand nous avons commencé à en parler ensemble, j’ai pris beaucoup de notes et je me suis demandé sous quelle forme j’allais retransmettre tout cela à ma famille. J’ai alors réalisé de nombreuses heures d’interview filmée et nous avons très vite perçu l’intérêt que cela pourrait avoir pour tous. À la mort du frère de mon grand-père, nous avons retrouvé toute leur correspondance : des lettres magnifiques, truffées d’anecdotes qu’il a pris plaisir à relire avec moi. Le récit que j’ai écrit, à la première personne, est donc le résultat de tout cela. Nous avions des échanges magnifiques, d’une grande complicité, ce qui m’a permis de mettre en mot tout ce qu’il ressentait : ses pensées, son histoire, son vécu, ses douleurs. Je voulais que chaque mot soit juste, c’était essentiel pour moi. Nous allions déjeuner au restaurant Les Marines, son QG garennois préféré, et ensuite, nous travaillions. On le faisait de manière très sérieuse, mais en riant beaucoup !

 


LGC Infos : Qu’aimeriez-vous que les générations présentes et futures retiennent du vécu de votre grand-père ?

Caroline Jolivet : Mon grand-père, comme tous ceux qui ont vécu les horreurs de la guerre, souhaitait plus que tout qu’on n’oublie pas, afin que cela ne se reproduise pas. Il nous a appris qu’on ne peut se construire qu’en ayant connaissance de son histoire, de ses racines. Il était triste de voir la montée du racisme, de l’antisémitisme, des extrêmes et nous disait qu’il fallait se battre souvent pour maintenir la paix et la liberté. Je me sens privilégiée d’avoir pu tant partager avec lui, c’est si rare, si précieux. Son histoire m’a nourrie, m’a fait grandir. Elle a eu, et aura sûrement, le même impact sur bien d’autres personnes.

 

 

En sa mémoire, nous vous proposons également de lire, ou relire, l'interview réalisée en juin 2016 avec ce grand homme pour le magazine municipal de La Garenne-Colombes.

L'homme alors âgé de 96 ans était drôle, jovial et n'avait qu'une envie : partager son expérience.

Cliquez ici pour accéder au LGC Infos de Juin 2016. L'interview se trouve en page 20/21.

 

Au revoir à ce héros de la Seconde Guerre mondiale.


Publié le 09/05/2019